mardi 26 janvier 2010

Hi, kifak ça va?

Ou quid du bien parler libanais.

Hi kifak ça va? ça veut dire "Bonjour, comment ça va, ça va?" * pour un garçon (pour une fille ce serait "hi kifek ça va?")
Et c'est une des expressions les plus courantes ici pour dire bonjour.

Au Liban, on parle plusieurs langues. Et on aime tellement ce multilinguisme qu'on en use et abuse.
Je m'explique. Le Hi, kifak, ça va?, expression qui regroupe à elle-seule anglais, arabe et français est représentative de ce qui se passe au Liban.

On aime à mélanger les langues, ici.
Ce qui peut faire encore plus classe, c'est de faire croire qu'on ne parle pas bien arabe quand on le parle. Le français c'est quand même nettement plus classe..
Pour cela, il suffit de ne pas rouler les "r" et de glisser un maximum de mots français dans la conversation arabe.

Expressions courantes:
-"merci ktir", soit merci (français) beaucoup (arabe)
-tab ok, soit bon (arabe) d'accord (anglais)
-yalla bye, soit allez (arabe), au revoir (anglais)

Autre chose. Au Liban, on aime glisser des expressions ci et là. Du genre de "tu as suuu?" (pour dire tu savais que...?) ou encore "chouuu?" pour "comment/quoi?" et surtout les fameux surnoms affectueux "habibi" (chéri-e-) ou "hayete" (ma vie).

Ca peut rapidement devenir cocace.

Démonstration:

"-Hi kifek ça va?
-ça va, ça vaaaa!
-chou, habibi, tu as suuuuuu?
-tu (intraduisible) j'ai pas suuuuuu.
-tab yalla je te raconte...
-hiiiiiiii "

Autre chose qui peut arriver, et mise en avant dans un group facebook assez fameux " A quoi reconnait-on le Libanais":
Le libanais pense en Libanais pour s'exprimer en français. Il traduit donc des phrases et proverbes libanais intraduisibles en français car incompréhensibles.
Ex:
-"Oui monsieur, nous sommes tous sous votre calcul"
"akid estez,ne7na kelna ta7et 7sebak"

-"Chou kifak??.....Wallah metel el lira!!"
"Alors ça va??....oui merci, comme un euro!!!"

-"Salut!! alors quels sont tes informations"
"Kikak!! chou akhbarak"

"Drob frem"
"Frappe le frein"

Rajoutez à ça quelques petites fautes de temps (comme le "tu as suuuu?")...

- "Il a demandé de toi" pour "il a demandé de tes nouvelles"
- "le professeur est venu" pour "il est arrivé"
- "Il a voyagé" : il est parti en voyage
- "Il a quitté" : il est parti en voyage
- "Tu as aimé?" : tu aimes

....et vous obtiendrez du vrai bon parler libanais!

Au final c'est à se demander si apprendre le libanais, c'est pas plus compliqué qu'apprendre à parler à l'arabe!

Emma y-a y-a Emma y-a y-é...


Alors, Ema, c'est quoi? C'est la fameuse glace syrienne, à base de lait, de mastic (qui lui donne sa texture chewy si particulière) et d'eau de rose, le tout allègrement "tapé" à l'aide de l'instrument de torture en photo ci-dessous.
La glace rejoindra ensuite un pédiluve de pistaches et noix de cajou avant d'être soit plantée dans un cornet, soit plantée dans un bol en verre, prête à être dégustée.


A Makdash, la Ema, on connait, et on en est fier. Tellement fier qu'on lui a reservé une surface assez importante en plein coeur du fameux souk el Hamadiyé.
C'est un détour culinaire incontournable si vous passez à Damas!
Et il n'y a pas de "mais c'est l'hiver" ou "mais les températures avoisinent les 0 degrés celsius" qui tienne!


En bonus: une petite vidéo bruyante trouvée sur youtube qui montre un aperçu du fameux souk et la préparation de la fameuse glace...
http://www.youtube.com/watch?v=NHz5X8oeKi0

mardi 12 janvier 2010

C'est pas faux...


(je précise que comme vous vous en doutez dans la dernière vignette, la jeune fille se lâche au niveau des insultes..)

mercredi 6 janvier 2010

Ou la dose de savon d’Alep pour environ une vie.


Damas, c’est la mosquée des ommeyades, c’est les souks, c’est les taxis silencieux, mais c’est aussi les hammams.
Et là vous allez me remercier. Pour vous, Lau a testé le hammam de quartier syrien. Et quand je dis « de quartier » c’est parce qu’il est tellement introuvable que c’est une chance que je l’ai trouvé, mais aussi parce qu’outre le fait qu’il soit destiné aux happy few, il n’y avait pas un européen dans un rayon de 10km.
Alors le hamman syrien, comment ça se passe ?
Minute papillon, déjà les horaires. Ce hammam était ouvert pour les femmes seulement les mardis et mercredis, de 12h à 17h. Pour les hommes, il est ouvert tous les autres jours jusqu’à minuit (et le mardi et mercredi de 17h à minuit donc).
Les pris sont très raisonnables (voir dérisoires d’un point de vue européen): 300 livres syriennes, soit 6 dollars pour le hammam qui comprend gommage au gant de crin (et au savon d’Alep) et massage (également au savon d’Alep… quand je vous disais « pour environ une vie », c’était pas de la blague…)
Je m’explique. J’entre donc dans le hammam, telle une petite chose européenne qui baragouine trois mots d’arabe mais qui a la foi. Je laisse mon argent, mon passeport, bref, mes choses de valeur dans un petit tiroir, on me met la clef en bracelet. Jusque là tout va bien. J’ai un peu peur mais je gère. Enfin c’est ce que je croyais. Direct je me mets en maillot, à la bienn, parce que de toutes manières, autour de moi, toutes les autres sont soit top less soit bien bien dévêtues. Ici, je le comprends rapidement, c’est plutôt du genre « pas de chichis ». Mes camarades de hammam ont tous les profils : jeunes bien foutues, vieilles avec poitrine qui arrive allègrement au niveau des cuisses et jeunes enfants aussi.
On me propose tout de suite une épilation au sucre. Et quand je dis « on » je parle d’une des mamas syriennes bien en chair qui tient le hammam et qui est tranquillement en train de se faire poser sa coloration capillaire, coloration qui a d’ailleurs décidé de couler allègrement dans le cou/dos/nuque de la mama, créant ainsi un effet dripping polokien pour le moins inattendu et inesthétique.
Revenons à l’épilation au sucre, sans les vilaines bandes. Là je pense au film Caramel de Nadine Labaki et je me dis que ça fera des souvenirs. Et ben pour avoir des souvenirs, j’en ai des souvenirs! C’était pour le moins tonique et efficace dirons-nous ! Et vas-y que j’te mets dans cette position, c’est plus simple et vas-y que j’te retourne et vas-y que « tu peux te mettre debout ? » et vas-y que « tiens, mange, c’est très bon » -« euh oui, mais comment te dire, là il est 12h et j’ai pas très faim en fait » « mais c’est très bon, AKL (MANGE !) » bon, ok, je prends une bouchée à même la main (imitant docilement les mamas syriennes) BAM de la viande avec de l’aïl en mode kebbe nayyé. A midi. Sans préparation. En maillot. Pendant une épilation. La base quoi.
Pendant cet instant privilégié (et douloureux) je vois entrer une dame toute de noir vêtue. Elle entre dans le hammam avec ses trois enfants et se retrouve, en 5 minutes, dans la même situation que moi : almost nue comme un ver, à papoter avec des amies. Et hop, elles commandent un thé, et hop, elles s’allument une clope. Dans un hammam syrien, pour 100LS, on peut même commander un narguilé !
Pas de narguilé pour moi puisqu’une deuxième mama syrienne a décidé de me prendre en charge pour mon baptême hammamien.
Bizarrement je sens que je vais prendre cher vu sa morphologie. Je suis perspicace. Elle me traine dans la salle principale où toutes les autres papotent en s’arrosant le corps d’eau brûlante. Et BAM premier seau d’eau dans ma tête. Même pas le temps de réaliser qu’elle enchaine avec un deuxième, puis un troisième, puis un quatrième. C’est l’effet mousson libanaise sur mon visage mais je suis censée être consentante (j’ai même payé pour ça, donc j’assume). C’est là qu’intervient mon premier SHAMPOOING au savon d’Alep ; moi, en tailleur sur le sol. Les yeux fermés, j’ai envie de crier stooooop. Cela dit je réfléchis au savon qui enduit allègrement mes cheveux et mon visage et j’avoue que l’idée d’avaler la fierté d’Alep me fait me ressaisir. Au quatrième shampooing, je vois enfin la lumière au bout du tunnel : la mama syrienne me fait signe de la suivre. Dois-je préciser qu’à ce moment, j’ai toujours peur d’ouvrir les yeux ??
Direction la salle de sauna avec la vapeur chaude. Là, la mama m’abandonne. Là, je profite enfin du hammam, tranquillement et sereinement. Au bout d’une demi-heure, quand je sens que je vais entrer en éruption tellement le Vésuve, à côté de moi à ce moment, il m’arrive pas à la cheville, je décide de sortir discrètement, en espérant passer inaperçue.
C’est peine perdue, la mama syrienne m’attend à la sortie, toute contente de pouvoir enfin s’attaquer à la phase GOMMAGE.
Et vas-y que j’te mets du savon d’Alep à l’endroit où ensuite je vais énergiquement passer le gant de crin. Les jambes, ca va. Le dos ça va. Même les pieds ça va. Cela dit quand je vois la mama me mettre du savon d’Alep dans le cou, là je stresse. En mode « viens là ma mignonne ». Je m’imagine un instant être l’anguille qui tente de s’échapper des mains de Maïté. Peine perdue, la mama a de l’expérience. Et de la poigne aussi. Nom de diou, le massage promet. Ah ba tiens, puisqu’on en parle, ça tombe bien. 20 minutes de malaxage dynamique plus tard, la mama me laisse dans un piteux état.
État tel que je n’arrive pas à savoir si je suis reposée et détendue ou tout simplement massacrée.
Il n’en demeure pas moins qu’après m’être acquittée de la somme due, je ressors du hammam heureuse d’avoir vécu ça. Et de pouvoir mettre les autres en garde. Le hammam : oui ! mais il faut du courage ! Hammam-mamia !!!

Caramels....bonbons et chocolats...


Ce qui mérite vraiment l’attention du visiteur, c’est la vieille ville, sa mosquée des ommeyades, son souk couvert aux milles trésors, ses douceurs, ses petites rues, son Palais Azem, son musée National etc.

Ah les souks de Damas. C’est un peu une pomme au temps d’Adam et d’Eve mais puissance 1000.

Tout y est tentation. La glace madrasak, les nougats aux pistaches, à la rose, les loukoums, les brioches aux dattes, les bonbons, les shawarmas, les tissus. Tout est coloré, tout sent bon. Et le pire c’est que tout est abordable, pour peu qu’on ait une âme de phénicienne et qu’on aime marchander...




























Tous les chemins mènent à Damas...


L’arrivée à Damas par Beyrouth, c’est assez simple. Il y a deux points de départ : un à Hazmieh, l’autre à la station Charles Hélou.
Une fois à Charles Hélou, il faut attendre que le taxi qui accepte de nous amener en Syrie se remplisse. A deux, il a donc fallu attendre deux autres personnes. Une chance pour nous, certains taxis choisissent de remplir leur taxi à ras bord, c'est-à-dire avec 5 personnes en plus du chauffeur. Le 5e voyageur s’asseyant entre le conducteur et la place du mort. Sur le levier de vitesse oui oui…
Donc, pour 25 000 livres libanaises ou 17 dollars, le taxi vous amène en Syrie en comptant une escale dans un café sur la route puis plusieurs arrêts : un à la sortie du territoire libanais pour "tamponnage" de passeport, puis un à l’entrée du territoire syrien. On peut acheter son visa sur place, ce que j’ai fait pour la modique somme de 28 dollars. Ensuite direction l’Ifpo Damas où j’ai été gracieusement logée, étant à la base stagiaire Ifpo Beyrouth.
Arrivée dans la nouvelle ville donc. Et là je me dis « c’est ça Damas ?? ». Comme dit le Guide du Routard, Damas ne se laisse pas dévoiler au premier abord. La nouvelle ville ne présente pas beaucoup d’intérêt, à part si vous êtes à la recherche de vêtements et chaussures kitschs et cheap.
Première observation sur la ville de Damas : c’est calme. Pas de klaxons pour rien, en voilà des vacances auditives ! Les voitures s’arrêtent aux feux rouges et redémarrent au feu vert : woaww, ça faisait longtemps !
Deuxième observation : Al-Assad fils est partout. Et quelque fois avec Al-Assad père. Culte de la personnalité quand tu nous tiens. Il est en photo dans toutes les boutiques, il est en statue sur toutes les places, on peut acheter des briquets, des portes clefs à son effigie, et même des magnets « I love Al-Assad ». Si ça c’est pas de l’amour…ah non ? ah. Bon.

Jezzine...


Jezzine, selon le Petit futé (seul guide sur le Liban sur lequel on peut espérer tomber dans les librairies françaises…. –ba oui, le Liban, c’est dangereux et « personne ne veut y aller » de toutes manières..) c’est une ville à 30km de Saida, suspendue au-dessus d’un pic où se précipite l’ouadi Jezzine.

Bon. Après cette petite virée Saïda, petite virée Jezzine, petite ville en plein milieu du Chouf. Une bonne demi-heure de bus plus tard et nous-y voici.

Selon le guide, ce qu’il y a à voir c’est l’Eglise Saint-Maron (qui a donné son nom aux chrétiens du Liban, les maronites, et qui date du XVIIIe siècle) et la cascade.

Après la rencontre d’une charmante vieille dame dans le bus, arrivée à Jezzine. La charmante dame nous propose de déposer ses paquets chez elle avant de faire un tour dans la ville avec nous. Ni une ni deux nous la suivons. Il s’est averé que cette dame était tout simplement « la reine du village » comme nous l’avons surnommée. Elle connaissait tout le monde et habitait la maison qui jouxtait la mairie. Et, mieux encore, elle possédait tous les terrains sous la cascade, ce qui nous a permit de passer quelques barrières (physiques) pour mieux apprécier la beauté du site et cette eau qui se jetait d’une hauteur de 40 mètres.

Jezzine, c’est un petit village calme et accueillant, avec des vues sur le paysage environnant assez exceptionnelles. Et c’est un village à dominante chrétienne. Donc qui vénère tout simplement Noël.

C'est-à-dire que si, comme nous, vous avez la lumineuse idée d’aller y faire un tour un 24 décembre, vous allez vous retrouver au beau milieu d’une chose des plus kitschs, j’ai nommé la fanfare du village… avec son cortège !! Et voilà t-y pas que des cracheurs de feu, des peluches géantes, des filles sur des échasses se mettent à précéder la fanfare et son tour du village avec tous les habitants soit aux fenêtres, soit autour de la procession, laquelle se fermait tout de même par deux camions qui distribuaient aux enfants des petits sachets pleins de friandises, le tout sponsorisé par le pharmacien du coin ! Certes, c’était kitsch, mais sans ça, Noël, ce serait nettement moins marrant tout de même, non ?

En tous cas je me joins à Jezzine pour vous souhaiter en retard un Joyeux Noel ainsi qu’une très bonne nouvelle année, pleine de découvertes et de rencontres!